Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/44

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que sa porte était close, il ouvrit le coffre plein d’angelots, de florins, d’esterlins, de nobles, de couronnes d’or, de saluts d’or, d’écus au soleil et de toutes monnaies chrétiennes et sarrasines. Il en tira en soupirant douze deniers d’or fin qu’il mit sur la table toute couverte de balances, de limes, de cisailles, de trébuchets et de livres de comptes. Ayant refermé son coffre à triple clé, il nombra les deniers, les renombra, les regarda longuement avec amitié, et leur adressa des paroles tant suaves, polies, accortes, humbles, gracieuses et courtoises, que c’était moins langage humain que musique céleste.

— Oh ! petits agnels, soupirait le bon vieillard, oh ! mes chers agnelets, oh ! mes beaux et précieux moutons d’or à la grande laine.

Et prenant les pièces entre ses doigts avec autant de respect que si ç’eût été le corps de Notre-Seigneur, il les mit dans la balance et s’assura qu’elles pesaient le poids, ou à peu près, bien qu’un peu rognées déjà par les