Page:Anatole France - Les Contes de Jacques Tournebroche.djvu/63

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— Mettez votre confiance en Dieu, lui répondit Guillaumette Dyonis.

— « Amen ! » reprit Simone la Bardine. Mais je ne vous ai pas conté le pis. Le jeudi d’avant la Saint-Jean, à trois heures après minuit, deux Anglais vinrent heurter à ma porte. Ne sachant s’ils ne venaient pas me dérober, ou briser par divertissement mes coffres et mes huches, ou faire quelque autre méchanceté, je leur criai de ma fenêtre de passer leur chemin, que je ne les connaissais point et que je ne leur ouvrirais point. Alors ils frappèrent plus fort, disant qu`ils allaient défoncer la porte et me venir couper le nez et les oreilles. Pour faire cesser leur vacarme, je leur versai une potée d'eau sur la tête; le pot m'échappa des mains et se brisa sur la nuque de l’un d’eux si malheureusement que l'homme en fut assommé. Son compagnon appela les sergents. Je fus conduite au Châtelet et mise dans une prison très dure, d’où je ne sortis qu’en payant une grosse somme d’argent. Je trouvai ma maison pillée de la cave au grenier. Depuis lors, mes affaires empirent tous les