Page:Anatole France - M. Bergeret à Paris.djvu/13

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particulière pour mademoiselle Zoé, soit qu’il la jugeât plus considérable, c’est contre elle qu’il avait poussé le plus fort de ses aboiements et de ses grognements. Quand il vit qu’elle mettait la main sur le meuble où l’on renfermait la nourriture humaine, il haussa à ce point la voix que les verres en résonnèrent sur la table. Mademoiselle Zoé, se retournant brusquement vers lui, lui demanda avec ironie :

— Est-ce que tu veux me manger, toi ?

Et Riquet s’enfuit, épouvanté.

— Est-ce qu’il est méchant, ton chien, papa ?

— Non. Il est intelligent et il n’est pas méchant.

— Je ne le crois pas intelligent, dit Zoé.

— Il l’est, dit M. Bergeret. Il ne comprend pas toutes nos idées ; mais nous ne comprenons pas toutes les siennes. Les âmes sont impénétrables les unes aux autres.