Page:Anatole France - M. Bergeret à Paris.djvu/52

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nôtre, et plus généreuse. Notre père croyait à l’avènement de la justice sociale et de la paix universelle. Il annonçait le triomphe de la république et l’harmonieuse formation des États-Unis d’Europe. Sa déception serait cruelle, s’il revenait parmi nous.

Il parlait encore, et mademoiselle Bergeret n’était plus dans le cabinet. Il la rejoignit au salon vide et sonore. Là, ils se rappelèrent tous deux les fauteuils et le canapé de velours grenat, dont, enfants, ils faisaient, dans leurs jeux, des murs et des citadelles.

— Oh ! la prise de Damiette ! s’écria M. Bergeret. T’en souvient-il, Zoé ? Notre mère, qui ne laissait rien se perdre, recueillait les feuilles de papier d’argent qui enveloppaient les tablettes de chocolat. Elle m’en donna un jour une grande quantité, que je reçus comme un présent magnifique. J’en fis des casques et des cuirasses en les collant sur les feuilles d’un vieil atlas. Un soir que le cousin Paul était venu