Page:Anatole France - M. Bergeret à Paris.djvu/53

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dîner à la maison, je lui donnai une de ces armures qui était celle d’un Sarrasin, et je revêtis l’autre : c’était l’armure de saint Louis. Toutes deux étaient des armures de plates. À y bien regarder, ni les Sarrasins ni les barons chrétiens ne s’armaient ainsi au xiiie siècle. Mais cette considération ne nous arrêta point, et je pris Damiette.

» Ce souvenir renouvelle la plus cruelle humiliation de ma vie. Maître de Damiette, je fis prisonnier le cousin Paul, je le ficelai avec les cordes à sauter des petites filles, et je le poussai d’un tel élan qu’il tomba sur le nez et se mit à pousser des cris lamentables, malgré son courage. Ma mère accourut au bruit, et quand elle vit le cousin Paul qui gisait ficelé et pleurant sur le plancher, elle le releva, lui essuya les yeux, l’embrassa et me dit : « N’as-tu pas honte, Lucien, de battre un plus petit que toi ? » Et il est vrai que le cousin Paul, qui n’est pas devenu bien grand, était alors tout petit. Je n’objectai