Page:Anatole France - M. Bergeret à Paris.djvu/57

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ment l’avis de Pierrot ; mais M. Mathalène ne s’y était rendu qu’après trente ans de méditations et de calculs. On trouve parfois encore quelqu’une de ses brochures dans les boîtes des bouquinistes. M. Mathalène avait du zèle pour le bonheur des hommes qu’il effrayait par sa laideur terrible. Il n’exceptait de sa charité universelle que les astronomes, auxquels il prêtait les plus noirs desseins à son endroit. Il disait qu’ils voulaient l’empoisonner, et il préparait lui-même ses aliments, autant par prudence que par pauvreté.

Ainsi, dans l’appartement vide, comme Ulysse au pays des Cimmériens, M. Bergeret appelait à lui des ombres. Il demeura pensif un moment et dit :

— Zoé, de deux choses l’une : ou bien, au temps de notre enfance, il se trouvait plus de fous qu’à présent, ou bien notre père en prenait plus que sa juste part. Je crois qu’il les aimait. Soit que la pitié