Page:Anatole France - Nos enfants.djvu/37

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la main, elle a l’air, sous l’ombrelle qui rayonne autour d’elle, d’une petite idole étrange.

La nourrice a dit : « Marie, je vous défends de porter cette fleur à votre bouche. Si vous désobéissez, votre petit chien Toto vous mangera les oreilles. » Ayant ainsi parlé, elle s’éloigne.

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La jeune pénitente, immobile sous son dais éclatant, regarde autour d’elle et voit le ciel et la terre. C’est grand le ciel et la terre, et cela peut amuser quelque temps une petite fille. Mais sa fleur d’hortensia l’occupe plus que tout le reste. Elle songe : « Une fleur, cela doit sentir bon ! » Et elle approche de son nez cette belle boule d’un rose trempé de bleu ; elle essaye de sentir, mais elle ne sent rien. Elle n’est pas bien habile à respirer les parfums : il y a peu de temps encore, elle soufflait sur les roses au lieu de les respirer. Il ne faut pas se moquer d’elle pour cela : on ne peut tout apprendre à la fois. D’ailleurs aurait-elle, comme sa maman, l’odorat subtil, qu’elle ne sentirait rien. La fleur d’hortensia n’a pas d’odeur : c’est pourquoi elle lasse, malgré sa beauté. Mais Mademoiselle Marie se prend à songer : « Cette fleur, elle est peut-être en sucre. » Alors elle ouvre la bouche toute grande et va porter la fleur à ses lèvres.

Un cri retentit : Ouap !

C’est le petit chien Toto qui, s’élançant par-dessus une bordure de géraniums, vient se poser, les oreilles toutes droites, devant Mademoiselle Marie, et darde sur elle le regard de ses yeux vifs et ronds.