Page:Anatole France - Nos enfants.djvu/38

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



LA FLÛTE DE PAN


Trois enfants du même village, Pierre, Jacques et Jean, sont debout et regardent. Rangés côte à côte, ils forment ensemble l’image d’une flûte de Pan qui n’aurait que trois tuyaux. Pierre, qui est à gauche, est un grand garçon ; Jean, qui est à droite, est petit ; Jacques, qui se tient entre les deux, peut se croire grand ou petit, selon qu’il regarde son voisin de gauche ou son voisin de droite. C’est une situation sur laquelle je vous prie de méditer, car c’est la vôtre, c’est la mienne, c’est celle de tout le monde. Chacun de nous, tout ainsi que Jacques, s’estime grand ou petit selon que la taille de ses voisins est haute ou basse.

Anatole France - Nos enfants - p38.jpg

C’est pourquoi il est vrai de dire que Jacques n’est ni grand ni petit, et il est vrai aussi de dire qu’il est grand et qu’il est petit. Il est ce qu’il plaît à Dieu qu’il soit. Pour nous, c’est le moyen tuyau de notre vivante flûte de Pan.