Page:Anatole France - Poésies.djvu/157

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lle meure.

Et qui donc après moi garderait la demeure

Des discours des gentils, des pièges des démons ?

Qui donc arracherait l'homme que nous aimons,

Ton vieux père, à l'abîme invisible que creuse,

Sous ses pas égarés, son ignorance affreuse ?

Et toi-même, qui donc, en tes jours de langueur,

Du vin spirituel viendrait nourrir ton cœur

Affaibli par le lait de la tendresse humaine ?

Mes esclaves nombreux et soumis que je mène

Dans tes chemins, Seigneur, avec sévérité,

Qui remettrait leurs pas dans le sillon quitté ?

Quelle voix, en ce bourg plein d'idoles d'argile,

Aux fils des vignerons, dirait ton évangile ?

Et quelle main assez ferme dispenserait

L'aumône aux pauvres gens, selon ton intérêt ?

Ta volonté, mon Dieu, soit faite, et non la mienne !

Mais avant de m'ôter d'ici, qu'il te souvienne

Des âmes en péril dont tu me ris l'espoir.
Je suis ton ouvrière : il me faut jusqu'au soir,
Maître mystérieux, travailler dans ta vigne,
Afin que je t'apporte une vendange insigne.

DAPHNÉ.

Tu vivras, douce mère, et sur tes cheveux blancs
Les jours s'écouleront pacifiques et lents.