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LA VISION DES RUINES


Le cri rauque et le vol des grues
Percent les nuages blafards ;
Les cygnes et les verts canards
Voguent au fil des eaux accrues.

Dans l’île, un portail et deux tours,
Retraite aux hiboux familière,
Dressent sous la mousse et le lierre
Leurs profils noirs, douteux et lourds.

De maigres figures de pierre
Gisant dans les iris épais,
Les mains jointes, suivent en paix
Le rêve qui clôt leur paupière.

Tous ceux-là dont le vent du nord
Ronge avec lenteur les images,
Anges et rois, vierges et mages,
Ont grandement aimé la mort ;

Car la roideur de leur stature
Et l’aridité de leur chair
Font voir combien il leur fut cher
D’aspirer à la sépulture.