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LES AFFINITÉS

Et donne à la voyante un regard triste et tendre,
Un regard où l’on sent son âme se détendre
Dans la fière douceur d’un ineffable aveu.

Mais une lame croule avec des bruits funèbres,
Et dans l’affaissement de ses lourdes ténèbres
Fait sombrer le navire entr’ouvert. Dans la mer
Le jeune homme au front pur descend ; il s’abandonne,
Et des algues lui font une glauque couronne.
Elle, alors, avec lui, goûte le sel amer.

Il a gagné son lit pacifique et repose.
À l’abri des requins gloutons, le corail rose
Étend sur lui ses bras animés et fleuris.
Elle-même, elle est là, baisant sa bouche froide ;
Elle a du sang aux yeux ; ses tempes sifflent ; roide.
Étouffée, elle exhale à jamais ses esprits.

— Invisible lien ! — La frêle créature
A péri sans effort, docile à la nature ;
Le flacon dans ses doigts, qui ne s’ouvriront plus,
Luit. La Mort sur sa chair silencieuse étale
Sa majesté funèbre et sa splendeur fatale,
Et la divine paix des destins révolus.