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LES CYGNES SAUVAGES.

était assez pour qu’elle oubliât toute souffrance physique. Sa bouche demeura close. Ne savait-elle pas qu’une seule petite parole prononcée par elle coûterait la vie à ses frères ? cependant on voyait à l’expression de ses yeux combien elle aimait sincèrement le bel et bon roi qui faisait de son mieux pour l’égayer et la réjouir.

De jour en jour son âme s’attachait davantage à lui. Oh ! qu’elle eût désiré pouvoir lui confier son secret et la cause de son chagrin ! Mais elle était obligée de rester muette, et de terminer son travail en silence. À cet effet elle s’esquivait toutes les nuits, et gagnait bien vite la petite pièce qui avait été décorée comme sa chère caverne et dont la clef ne la quittait jamais. Elle y tressait les cottes de maille les unes après les autres ; or, juste au moment où elle allait commencer la septième, elle s’aperçut qu’il ne lui restait plus de filasse.

Elle savait parfaitement que les orties dont elle avait besoin pour en fabriquer croissaient en quantité dans le cimetière ; mais il lui fallait les cueillir elle-même ; or, comment faire pour y aller sans être remarquée ?