Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, I.djvu/301

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sité ou d’un engouement passagers. C’est pourquoi la plus grecque des cités antiques et la plus passionnée, Athènes, dut se donner une constitution démocratique.

L’égalité politique a été créée d’abord pour tenir tête à la férocité naturelle des riches. De là ce mécanisme ingénieux, mais fragile, qui morcelle toutes les hautes fonctions politiques et militaires. Athènes n’eût pas été tranquille, si le pouvoir militaire n’avait été divisé entre dix stratèges. Pour compléter le système des garanties où s’abrite cette démocratie irascible et soupçonneuse, il lui faut l’ostracisme, garantie publique, et la délation, garantie occulte, établie par l’influence des sycophantes. S’ensuit-il que la démocratie athénienne ait été préservée des abus auxquels sa destination était de parer ? La pensée de Burckhardt est que les travers du tempérament d’un peuple reparaissent dans toutes ses institutions. Le « monstre » de la démocratie athénienne a tous les vices des anciens tyrans et des vieux aristocrates. Burckhardt compare à l’Inquisition du moyen-âge, pour la dureté, pour le fanatisme cruel et pour la futilité, les procès d’asébie ou d’irréligion que multiplia le régime des sycophantes athéniens. La malédiction de la cité était terrible comme une excommunication. Des peines, insensées par l’exagération, atteignaient, pour des crimes infimes, la vie, les biens, l’honneur du nom et de la descendance.

Dirons-nous que Burckhardt tombe dans le défaut de faire un tableau de la Grèce par l’exemple d’une cité ? Notre résumé l’aurait alors mal interprété. En foule, l’enseignement de Burckhardt amoncelait les exemples, et dans leur similitude trouvait la preuve que les mêmes vices étaient communs aux Grecs de toute origine. Il signalait partout, dans l’époque démocratique, des luttes de classe d’une égale violence. Ce fut, proprement, un pillage des riches par les pauvres. Nulle propriété n’était sainte.