Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/202

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celle du juste et du saint. L’homme juste et le saint ue repoussent pas le procédé logique qui est dans la vertu commune. Ils le généralisent. Ils ne se soucient plus des suites qui résulteront pour eux des actes bienveillants ou hostiles par lesquels le prochain répondra à leurs actes propres. En imagination, ils se mettent à la place du prochain ; c’est là la vraie logique, si la logique consiste à universaliser, et c’est pourquoi cette haute vertu qui identifie toutes les conditions humaines, est toujours aussi un acte de haute intelligence qui ouvre une vue nouvelle et plus profonde sur l’univers.

Il faudra toujours relire dans la IIe Intempestive la glorification de l’homme juste [1]. L’homme juste est vraiment celui qui a besoin de la vérité. Il y a beaucoup d’hommes qui se disent serviteurs du vrai, et qui se bornent à exploiter le champ des connaissances stériles, dénuées de moissons utilisables, par curiosité, par ennui et désir de briller. Les plus estimables sont ceux qui découvrent de quoi améliorer la condition matérielle de l’homme par une connaissance plus complète du monde physique. Mais l’homme voué à la découverte de la vérité morale est celui qui se juge comme il juge les autres, et qui juge autrui comme il se juge, sans souci des positions prises, des privilèges ; qui conçoit la vérité comme pratique, comme devant transformer immédiatement la conduite des hommes ; comme étant le « droit sacré de déplacer toutes les bornes des possessions égoïstes ».

Un tel homme n’est pas « un froid démon de la connaissance » ; il n’est pas un esprit figé dans une science abstraite, qui ferait horreur. Le juste ne régente pas les hommes au nom d’une impassibilité affectée. Il vit de la vie des autres hommes. Il demeure, comme eux,

  1. Vom iXutzen und Nachteil, § 6. (W., I, 327 sq.)