Page:Andreïev - Les Sept Pendus (Trad. Serge Persky), 1911.djvu/24

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l’un après l’autre les attentats récents, où des bombes avaient été lancées contre des personnes aussi nobles que lui et même plus titrées ; les engins déchiraient les corps en mille lambeaux, projetaient les cerveaux contre d’ignobles murs de briques et arrachaient les dents des mâchoires. Et à ces souvenirs, il lui semblait que son corps malade éprouvait déjà l’effet de l’explosion. Il se représenta ses bras détachés des épaules, ses dents cassées, son cerveau écrasé. Allongées dans le lit, ses jambes s’engourdissaient, immobiles, les pieds en l’air, comme ceux d’un mort. Il respira bruyamment, toussa, pour ne ressembler en rien à un cadavre ; il remua, pour entendre le bruit des ressorts métalliques, les froissements de la couverture de soie. Et pour se prouver qu’il était tout à fait vivant, il prononça d’une voix ferte et nette :

— Braves bougres ! Braves bougres !

Ceux qu’il louait ainsi, c’étaient les agents de police, les gendarmes, les soldats, tous ceux qui protégeaient sa vie et avaient pré-