Page:Andreïev - Les Sept Pendus (Trad. Serge Persky), 1911.djvu/25

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venu l’attentat. Mais il avait beau remuer, s’exclamer, sourire de l’échec des terroristes, il ne pouvait se persuader qu’il était sauvé. Il croyait sentir au contraire que la mort, dont il était menacé, était déjà présente et qu’elle se tiendrait auprès de lui jusqu’à ce que les assassins eussent été saisis, dépouillés de leurs engins et jetés dans une prison sûre. Il l’apercevait dans un angle de la pièce, droite et immobile, pareille à un soldat obéissant placé en sentinelle de par une volonté inconnue.

« À une heure de l’après-midi, Excellence ! » Cette phrase revenait, prononcée sur tous les tons : tantôt joyeuse et ironique, tantôt obstinée et stupide. On eût dit qu’une centaine de phonographes, placés dans la chambre, criaient l’un après l’autre, avec l’idiote application des machines :

« À une heure de l’après-midi, Excellence ! »

Et cette « une heure de l’après-midi » du lendemain, qui, si peu de temps auparavant, ne se distinguait en rien des autres heures, cette heure avait pris une importance mena-