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GAVOTS ET BERGAMASQUES




En Provence, on donne le nom de « gavots » aux gens du haut pays. Ils ont une sorte de verdeur un peu brusque, une verve franche, une naïveté rude ; beaucoup d’action et de ruse paysanne, l’amour du gain et plus encore de l’épargne. C’est un peuple à longs calculs et à petites dépenses, patient, têtu et qui ne plaint pas sa peine. Bergame et Brescia m’ont paru deux sœurs gavottes, comme Digne et Gap, si ces deux bonnes vieilles provençales, dans leur belle jeunesse, avaient fait un brillant mariage.

Ils passent pour rustres et d’accent lourd. On se moque d’eux dans les chroniques. Ils tiennent de l’auvergnat et du porteur d’eau. Ils sont les maris de vocation, que Bandello propose à la risée. Avec leurs grossiers appétits, ils sont toujours dupes des Florentins et des femmes. Chacun d’eux est un hircocerf, à qui le front boisé démange, et qui polit ses cornes en les frottant à l’astuce féminine. Ils aiment la bouteille ; on les bonde de gros vin, et leur ivresse d’ours hilares fait crever de rire les Vénitiens. Ils sont nés pour écouler le chant du coucou, en ronflant sur