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iii

HÆC EST ITALIA


De Faido à Côme, en septembre.



J’ai laissé les Alpes dans la nuit. J’ai descendu les degrés d’une nature grise et noire. J’ai quitté un espace morne, hérissé de forêts malheureuses, pour une autre contrée, qui s’abaisse aimablement, qui s’offre et qui s’étale. Et le ciel n’est plus le même. Le gai matin a le réveil du coq. La lumière ne se lève pas : elle sort, comme si elle s’était cachée ; elle arrive d’un bond, rayonnante et chaude. L’air vif appelle au jeu la matinée bleue et blonde.

Tout était dur, roide et vertical. À présent, les formes prennent la molle aisance des courbes ; toutes les lignes cherchent, avec une sorte de tendre désir, à épouser l’horizon. Les monts même n’ont plus rien d’austère ; et sur les sommets, les ruines sont joyeuses : on les regarde, sans croire au temps ni à la guerre : elles ne sont là que pour orner le paysage.