Page:Angers - Les révélations du crime ou Cambray et ses complices, 1837.djvu/55

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Si je voulais, moi, je ne serais qu’un nigaud ! mais je méprise tout ce que les hommes respectent, je foule aux pieds tout ce qu’ils adorent, et je visaux dépens de tous : ce sont mes principes, des principes de mon choix et de mon goût ! Je pourrais être tout autre chose, si je le voulais. »

— « Y a-t-il rien d’aussi lugubre, d’aussi désolant, » s’écria Waterworth, « que cet appel que fait la sentinelle à tous les quarts d’heure ! Hélas ! comment dormir avec ce cri persécuteur dans les oreilles ? »

— « Ça m’affecte moi-même. Tiens, pour chasser la mélancolie, fesons un peu de musique, » dit Cambray ; et il se mit à frédonner un air et à secouer ses chaînes avec tant de violence, que le gardien, qui fesait sa dernière ronde, se hâta de se rendre à leur cachot, et vint mettre le holà, en les menaçant de les séparer et les laissant entièrement dans les ténèbres. Déjà les autres parties de cet asile du crime étaient rentrées dans le silence, et les deux nouveaux arrivés s’étendirent enfin sur le pavé froid et humide, et dormirent bientôt du sommeil profond des scélérats.




Le lendemain Cambray vit sa femme et conversa quelque temps avec elle à travers l’énorme porte grillée, qui sert de barrière entre la liberté et la détention. Cette femme était pâle, défigurée, abattue, et pourtant résignée. Lors de l’arrestation de son mari, elle était tombée évanouie, et avait failli étouffer ; mais bientôt l’habitude de la souffrance, l’espoir, et surtout cette étonnante élasticité de caractère dont la femme est douée à un degré éminent, avaient rétabli le calme dans son âme et n’y avaient laissé qu’une douleur lente et continue. Dans cette entrevue, l’horreur de sa situation vint encore se peindre à elle sous son plus hideux aspect, et il ne lui fut pas possible de retenir ses larmes et ses sanglots… La providence qui avait lié le sort de cette jeune femme, douce et vertueuse, au sort d’un misérable bandit, lui accorda bientôt la consolation de succomber à ses souffrances, et de se dépouiller d’une existence empoisonnée. Elle mourut de chagrin quelques mois après l’incarcération de son mari.



CHAPITRE XIV.


Mœurs intérieures de la Prison. — Le Patriarche des filous, ou le Capitaine Dumas. — Plusieurs tentatives d’évasion. — Le Baron Tunique ou Van Kœnig. — Le Geolier.


Quelques jours après leur arrestation, Cambray et Waterworth furent tirés de leur cachot, et enfermés avec une douzaine d’autres scélérats