Page:Annales de la société Jean-Jacques Rousseau, tome 1.djvu/74

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s’élever contre le poison de l’impureté et de l’impiété semé par le moyen de l’imprimerie et qui infecte maintenant les âmes des jeunes gens. « C’est contre cet abus, s’écrie-t-il, que la sagesse mâle des Pères de la Patrie a hier encore pris des précautions… Plût à Dieu que je pusse aujourd’hui, dans ce lieu consacré à la vérité, vous élever un autel, monument de la reconnaissance publique… Recevez mes actions de grâce, gardiens vigilants de la République, Pères de la Patrie[1]. »

Et il écrit à Grimm, à propos de la déclaration de foi que Rousseau avait envoyée de Môtiers au pasteur de Montmollin pour obtenir son admission à la Sainte Cène :

Jean-Jacques a fait une espèce de rétractation qui est pitoyable et qui ferme la bouche de ses plus zélés dévots. Il prétend n’avoir jamais rien dit contre le christianisme, il soutient qu’il n’a argumenté que contre la religion catholique romaine et qu’il est par conséquent très-bon chrétien. Le plus mauvais tour qu’on put lui jouer serait de publier cette rétractation. Comme il y en a nombre de copies, cela pourrait bien lui arriver[2].

Tronchin redoutait cependant que les amis de Rousseau missent à profit cette déclaration, pour ramener à Genève un homme dont il estimait les doctrines funestes pour ses concitoyens. Ayant appris que Moultou défendait Jean-Jacques dans ses discours, le docteur lui fit insinuer qu’il serait plus sage de se taire[3].

Rien ne prouve toutefois que le docteur fut l’âme du

  1. Mss. Tronchin. Registre de consultations. Sermo Academicus. Ce discours, traduit en français, se trouve à la Bibl. nationale, Mss. français 14657 : Exposition abrégée de l’Histoire du Gouvernement, des mœurs, usages et lois de la République de Genève, p. 168.
  2. Bibl. nation. Mss. français, nouv. acq. 6594. Recueil de lettres adressées de Genève a M. Grimm, 1759-1766. Tronchin a Grimm, 15 septembre 1762. Inédit.
  3. V. Moultou à Rousseau, 22 septembre 1762, dans Streckeisen-Moultou, op. cit., p. 61.