Page:Annales de la société Jean-Jacques Rousseau, tome 1.djvu/75

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parti qui poussa les Conseils à sévir contre Rousseau. Jean-Jacques l’en accuse formellement, bien qu’il ne précise aucun fait. À l’entendre, c’est « le polichinelle Voltaire et le compère Tronchin qui, tout doucement, derrière la toile, ont mis en jeu toutes les autres marionnettes de Genève et de Berne. »

Leur activité fut sans exemple, écrit-il dans les Confessions. Il ne tint pas à eux qu’on ne m’ôtât le feu et l’eau dans l’Europe entière, qu’il ne me restât pas une terre pour lit, pas une pierre pour chevet.

Partout il se croit entouré de satellites et d’espions à la solde du « Jongleur. » C’est par ce sobriquet qu’il désigne désormais Tronchin, auquel il a fait allusion en termes désobligeants dans le second livre de l’Émile[1].

Quant au docteur, il a perdu toute estime pour un homme dont la vertu déclamatoire contraste si étrangement avec les lacunes, les défaillances de la morale. Il s’exaspère en voyant l’auteur de l’Émile se poser en éducateur, enseigner aux parents leurs devoirs. Car Tronchin était du petit nombre de ceux qui savaient à cette époque que Rousseau avait exposé ses enfants. À entendre même Madame des Roys, grand’mère de Lamartine, la maréchale de Luxembourg, peu de temps avant la naissance du quatrième fils de Jean-Jacques, aurait supplié Tronchin d’obtenir du père qu’il lui confiât le nouveau-né, dont elle offrait de prendre soin[2].

  1. Après avoir parlé de Marcel « célèbre maître à danser, lequel faisait l’extravagant par ruse et donnait à son art une importance qu’on feignait de trouver ridicule, mais pour laquelle on lui portait au fond le plus grand respect, » Rousseau ajoute : « Dans un autre art, non moins frivole, on voit encore aujourd’hui un artiste comédien faire ainsi l’important et le fou, et ne réussir pas moins bien. Cette méthode est toujours sûre en France. Le vrai talent, plus simple et moins charlatan, n’y fait point fortune (Émile, livre II, note 22).
  2. Lamartine, Le manuscrit de ma mère. Paris, 1876, p. 121.