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ANNALES DE LA SOCIÉTÉ J. J. ROUSSEAU

pieux d’une édition critique seront simplement dociles à ses exigences constantes d’écrivain.

« Quand il s’agit de style, écrit-il à Rey en 1758, je veux qu’on me laisse le mien jusque dans mes fautes[1] », et c’est ce qu’il répétera patiemment pendant toute l’impression du roman. En mars 1759 il pose ses conditions préliminaires : « on suivra exactement mon manuscrit, l’orthographe, la ponctuation, même les fautes, sans se mêler d’y rien corriger[2]. » Même recommandation en mars et mai 1760[3]. Louanges à Rey en avril parce qu’on lui obéit et qu’on respecte ses fautes[4]. Une phrase de roman n’est pas en effet un prospectus de commerce et nul n’y saurait toucher sans en détruire la mystérieuse harmonie : « l’harmonie me paraît d’une si grande importance en fait de style que je la mets immédiatement après la clarté, même avant la correction[5] ». Rousseau dédaignera donc à l’occasion la stricte vérité de l’histoire, au risque de méconnaître les libérateurs de la Suisse : « la phrase est tellement cadencée que l’addition d’une seule syllabe en gâterait toute l’harmonie[6]. » Il s’affranchira des scrupules de la grammaire et, malgré l’effroi d’un prote obstiné, exigera qu’on imprime dans la Lettre à d’Alembert « accueillirez » et non « accueillerez[7] ».

  1. Lettres inédites de Jean-Jacques Rousseau à Marc-Michel Rey, publiées par J. Bosscha. Amsterdam, Muller, et Paris, Didot, 1858, in-8°, p. 59.
  2. Ibid. p. 69.
  3. Ibid. p. 86 et 95.
  4. Ibid. p. 88.
  5. Ibid. p. 52.
  6. Ibid. p. 99.
  7. Bosscha p. 51. Aussi Rey dans l’édition de 1761 comme dans celle de 1763, imprime dans la Nouvelle Héloïse (V, 2, p. 56 de 1761) : « Les