Page:Annales de la société Jean-Jacques Rousseau, tome 5.djvu/121

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
114
ANNALES DE LA SOCIÉTÉ J. J. ROUSSEAU

res, la correspondance pittoresque de la Bib. de Neuchâtel, il s’avère qu’il n’est pas d’œuvre littéraire au XVIIIe siècle qui ait contribué plus clairement que le roman de Rousseau à pétrir les âmes françaises.

Enfin retenons que la publication de la Nouvelle Héloïse offre un intérêt incomparable pour l’étude des relations entre les auteurs, les éditeurs et le gouvernement dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Grâce aux lettres de Rousseau à Rey, publiées par Bosscha, grâce aux lettres de Malesherbes et de Rey publiées par Streckeisen-Moultou ou conservées à Neuchâtel, il n’est pas d’ouvrage au XVIIIe siècle, à beaucoup près, dont nous puissions suivre aussi clairement les aventures jusqu’au jour de la mise en vente. La Nouvelle Héloïse est l’exemple le plus favorable d’un ouvrage imprimé à l’étranger mais officieusement autorisé. Malesherbes sert d’intermédiaire pour les épreuves ; il autorise l’entrée des ballots en France. Pourtant que de craintes et que de risques pour Rey. Le port des paquets d’épreuves est extrêmement coûteux. Quand le marché est fait avec Rousseau, rien ne prouve que la vente en France sera tolérée. Lorsque Malesherbes, parce qu’il est Malesherbes et que l’auteur est Rousseau, autorise Robin à recevoir les ballots, rien ne défend Robin contre la concurrence d’une contrefaçon vendue aisément à meilleur compte ; rien ne lui assure la vente de ses deux mille exemplaires et ne promet à Rey qu’il sera payé. En fait ce n’est plus deux mille exemplaires qu’il faudra vendre, mais trois mille, puisque mille sont réimprimés à Paris. Et de toutes parts, à Lyon, Rouen, Hambourg, Genève, etc… les contrefaçons se multiplient sans que, ni en droit ni en fait,