Page:Annales de pomologie belge et étrangère - 1.djvu/15

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de Versailles, dont les jardins royaux étaient placés sous sa direction ; or, on sait que Versailles est situé sur un plateau élevé, entouré de vastes forets de plusieurs côtés, et que sa situation ne saurait être considérée comme chaude et abritée.

Ces observations sont applicables à la plupart des meilleurs fruits anciens, tels que les Beurré gris, les Saint-Germain, les Bon-chrétien d’hiver, etc., et déjà même à plusieurs fruits remarquables gagnés dans le Hainaut depuis moins d’un siècle, tels que le Passe-Colmar, le Beurré d’Hardenpont et le Bon-Chrétien de Rance. Au surplus, beaucoup de pomologues ont reconnu le principe de la dégénération des fruits. Il résulte de là qu’il est nécessaire de remplacer ces variétés dégénérées, et, à cet effet, de rechercher les meilleurs procédés de semis. L’ardeur avec laquelle on est entré dans cette voie, tant en Belgique qu’en France, en Angleterre et aux État-Unis, prouve l’utilité des travaux et des recherches de Van Mons.

Avant lui, notre pays peut revendiquer l’honneur des premières tentatives d’amélioration. Pendant la seconde moitié du xviiie siècle, beaucoup d’horticulteurs, dans la province du Hainaut, produisirent à l’envi des nouveautés fruitières, souvent de premier ordre ; une vive émulation existait entre eux. M. Hardenpont fit connaître, en 1758, le Passe-Colmar ; en 1759, le Beurré qui porte son nom (en France Beurré d’Arenberg) ; la même année, le Délice d’Hardenpont ; en 1762, le Bon-Chrétien de Ranc. Dans les années suivantes, MM. Liart, Duquesne, Capiaumont, Lhoir, Derlain, firent connaître d’autres belles variétés. Duhamel, contemporain de M. Hardenpont, n’a cependant pas décrit les fruits de premier ordre gagnés par ce pomologue, car leur introduction en France est encore assez récente. Van Mons lui-même se plaignait de ne les avoir pas connus assez tôt pour les prendre comme point de départ de ses expériences sur la régénération des fruits, expériences sur lesquelles nous nous étendrons un peu, car il nous a paru que les Annales de Pomologie, dans lesquelles nous nous proposons de décrire bon nombre de fruits dus aux semis persévérants de notre célèbre pomologue, semis opérés sur une large échelle et à l’aide d’une méthode raisonnée qu’on est convenu d’appeler sa théorie, ne pouvaient mieux inaugurer ce premier volume, qu’en plaçant dans son introduction un exposé aussi succinct que possible de cette théorie.

A. Royer.


§ II.

Théorie Van Mons.

Van Mons, dans sa Pomonomie belge, expérimentale et raisonnée, ouvrage en deux volumes, qui a été imprimé à Louvain en 1836 et 1837, a souvent émis des hypothèses quelque peu hasardées, il est vrai, mais cette œuvre, écrite à la hâte et contenant de nombreuses répétitions, n’est, comme il le dit lui-même, qu’une réunion de notes que d’autres travaux importants et l’incertitude de l’avenir ne lui ont pas permis de coordonner. Nous sommes certain que, s’il avait pu revoir son œuvre, ces hypothèses, qui font douter bien des personnes de la solidité de son système, en eussent été retranchées ou tout au moins reléguées dans les probabilités.

Nous n’extrairons de cette théorie que ce qui concerne spécialement son opinion touchant la décadence des variétés fruitières anciennes, et sa méthode de les rajeunir par le moyen des semis successifs. Sur ces faits nous marchons d’accord avec l’auteur, et son système, continué avec persévérance jusqu’à ce jour, nous promet une grande partie des résultats qu’il en avait attendus.

Jean-Baptiste Van Mons est né à Bruxelles, le 11 novembre 1765. La capitale était privée à cette époque d’un bon enseignement humanitaire, et son père, receveur du Grand-Béguinage de Bruxelles, l’envoya faire ses classes au collège de Moll, dans la Campine, où il contracta un goût prononcé pour l’étude des sciences.

À l’âge de 20 ans, il publia son premier ouvrage ; c’était un Essai sur les principes de la chimie antiphlogistique, et deux ans plus tard, il subit, avec distinction, les épreuves de la maîtrise en pharmacie.

En 1789 arriva la révolution brabançonne ; Van Mons était vonkiste et grand partisan des réformes ; après l’arrestation de Vandermeersch, il fut emprisonné à la porte de Hal, et n’échappa qu’avec peine à la sentence de mort prononcée contre lui, comme coupable du crime de lèse-majesté ou de lèse-nation.

En 1792, après la bataille de Jemmapes, Van Mons, alors âgé de 27 ans, fut nommé représentant du peuple, et se lia, dès cette époque, avec l’élite des savants français. Ses travaux en chimie et en physique, ainsi que la connaissance de plusieurs langues vivantes, le mirent plus tard en communication avec la plupart des savants étrangers.