Page:Annales de pomologie belge et étrangère - 1.djvu/20

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de cette seconde génération furent également semés de suite et toujours sans interruption (ce qui est essentiel), et déjà une bonne partie de ces jeunes plants lui montra des arbres ayant le faciès de nos bons poiriers domestiques.

Enfin, continuant de cette manière jusqu’à la cinquième génération, Van Mons parvint à obtenir de celle-ci des fruits généralement bons et dont le rapport avait lieu entre six à dix ans. La réussite de sa théorie était déjà presque complète, et une triple progression avait eu lieu. L’arbre et le fruit s’étaient entièrement améliorés, et la hâtiveté moyenne de la production était descendue de quinze à huit ans.

Ces expériences ont été continuées jusqu’à ce jour avec le même succès (les derniers semis de M. Bivort proviennent de pepins de la onzième génération et forment ainsi la douzième). Ce serait cependant une erreur de croire que les fruits provenant des derniers semis, faits d’après cette méthode, soient tous d’une assez bonne qualité pour paraître avec avantage sur nos tables et soutenir la comparaison avec nos variétés de premier ordre ; il ne faut pas perdre de vue qu’à l’époque où Van Mons récoltait sa cinquième génération, le nombre des bons fruits était assez restreint et souvent peu connu : ce qui paraissait très-méritant alors, n’est plus, maintenant que le domaine de la pomologie s’est étendu, que du médiocre ; or, ce médiocre se retrouve encore dans la provenance des derniers semis, et forme environ 20 pour cent du tout ; seulement d’absolument mauvais est très-rare. Peut-être ces médiocrités proviennent-elles du mélange des pepins des générations antérieures avec les postérieures, mélange que Van Mons avoue lui-même et qu’il eût évité en apportant par la suite, dans le triage de ses pepins, la même exactitude que celle qu’il y mettait avant la récolte de sa cinquième génération ; mais le savant professeur étant alors parvenu au point où sa théorie lui semblait assise sur des bases inattaquables, ne se préoccupa plus autant de la suite de son œuvre ; c’est en la continuant que nous obtiendrons plus tard sa complète réalisation, si toutefois elle est réalisable dans toutes ses parties.

Nous voici bientôt arrivés à la fin de notre travail ; nous l’avons écrit dans le double but de vulgariser la théorie de Van Mons et de la faire connaître aussi succinctement et aussi clairement qu’il nous a été possible, en extrayant seulement de sa Pomonomie les faits les plus essentiels, les moins controversés et les mieux prouvés par les succès de l’auteur ; car, il faut bien l’avouer, il a longtemps prêché dans le désert, et le grand nombre de bons fruits provenus de ses semis et répandus dans tous les pays du monde où le poirier se cultive, ont bien plus servi à universaliser son nom parmi le vulgaire, que les deux volumes qu’il a écrits sur ce sujet, volumes d’ailleurs très-rares et dont la correction a été très-négligée.

La théorie Van Mons, au point de vue de la production des bonnes variétés fruitières nouvelles, n’a certainement plus la même valeur qu’à son début, alors que l’on ne possédait que peu de bons fruits ; mais elle présente cependant encore trop d’intérêt, sous le rapport de la science, pour être abandonnée. Laissant de côté les faits accomplis, il nous reste à savoir : 1° jusqu’à quel point l’époque de la fructification hâtive pourra être supportée par le semis sans que sa vigueur en soit altérée ; 2° si les semis successifs, continués d’après ce système, parviendront, comme le dit Van Mons, à produire un plus grand nombre de fruits tardifs, et enfin, si ces fruits seront généralement bons et sans mélange de médiocrités.

Ces trois points sont essentiels, et nous pensons que celui qui s’en occupera pour les résoudre, pourra encore rendre de grands services à la pomologie.

Nous conseillerons donc à ceux qui s’occupent de la multiplication des variétés, de semer exclusivement de la graine de leurs dernières procréations, et de choisir, en premier lieu, les pépins de fruits d’hiver, comme leur offrant plus de chances de réussite, à cause de la maturation de la graine, qui n’ayant pas eu lieu pendant que le fruit était attaché à l’arbre, n’est jamais aussi complète. De plus, nous leur dirons de choisir les pepins des meilleurs fruits : car c’est une erreur que de croire, avec quelques personnes qui n’ont pas bien compris le système Van Mons, qu’il a conseillé dans sa Pomonomie, de semer les pepins de mauvais fruits de préférence aux bons. L’auteur a seulement dit qu’il vaut mieux semer le pepin d’un mauvais fruit d’une dernière génération, que le pépin d’un bon fruit d’une génération antécédente et dont la variation avait eu le temps de se poser.

Nous pensons faire plaisir à la majorité de nos lecteurs en finissant cet article par l’exposé des augures et des présages qui annoncent ordinairement un bon fruit, dans les semis du genre poirier.

Le jeune semis doit avoir une tige droite et assez forte pour se maintenir perpendiculairement sans tuteur ; ses branches latérales doivent être d’une vigueur modérée, ni trop grosses, ni trop grêles, ni trop longues, ni trop courtes et légèrement relevées vers le haut, de manière à former, avec le tronc, un angle de 45 degrés environ. Elles doivent se rompre nettement et sans esquilles, se casser au moindre ploiement ; l’écorce doit être brillante, lisse et douce au toucher, ponctuée de lenticelles plus ou moins nombreuses, et teinte en brun, en noisette, en gris-plomb, en gris foncé ou en rouge duveté. Les yeux, roux, bruns ou gris, ne doivent être ni trop ni trop peu développés, ni trop comprimés, ni trop allongés en pointe, ni implantés à la surface, mais bien portés par des supports saillants. Les épines doivent être