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ASTRO*

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rances ; dans le spectre de l’une d’elles il constata l’existence de trois raies brillantes, l’une rouge entre les raies B et C du spectre solaire ; l’autre orangée un peu plus réfrangible que la raie D ; la troisième bleue, un peu avant la raie solaire F. Le major Tennant, qui s’était établi à l’autre extrémité de la ligne centrale, dans son trajet à travers la péninsule hindoustani que, à Guntoor, vit également plusieurs raies brillantes dans le speclre des protubérances ; il constata l’existence de cinq de ces raies dans le voisinage des lignes CD E F G du speclre solaire,

C’est aussi à Guntoor qu’était venu se fixer M. Janssen, qui avait reçu mission de l’ÀCadémie des sciences et. du Bureau des Longitudes. Voici en quels termes ce savant décrit les. phénomènes dont il fut témoin pendant l’obscuriléOtale :

« Deux spectres formés de cinq ou six lignes très-brillantes, rouge, jaune, verte, bleue, violelle, occupent le champ spectral el remplacent l’image prismatique solaire qui vient de disparaître. Ces spectres, hauts d’environ 1’ se Correspondent raie pour raie : ils sont séparés par un espace obscur où je ne distingue aucune ■ raie brillante sensible. Le chercheur montre que ces deux spectres sont dus à deux magnifiques protubérances qui brillent maintenant à droite et à gauche de la ligne des contacts où vient d’avoir lieu l’extinction. L’une d’elles surtout, celle de gauche, est d’une hauteur de plus de 3’ (environ 140,000 kilomètres de hauteur verticale au dessus de la photosphère) ; elle rappelle la flamme d’un feu de forge sortant avec force des ouvertures du combustible, poussée par la violence du vent. La protubérance de droite (bord occidental) présente l’apparence d’un massif de montagnes neigeuses dont la base reposerait sur le limbe de la lune et qui seraient éclairées par un soleil couchant. »

Avant d’indiquer les conséquences à tirer de ces observations, joignons-y celles de la seconde expédition française envoyée par l’Observatoire de Paris à la presqu’île de Malacca. L’élude spectroscopique de la lumière de la couronne et des protubérances fut faite par M. Rayet et M. Hall ; voici le résultat tel qu’il a été décrit par le premier de ces savants : « Dès l’instant de l’obscurité totale, la fente du spectroscope ayant été portée sur l’image de la longue protubérance en forme de corne qui venait de se montrer sur le bord oriental du soleil, je vis immédiatement une série de neuf lignes brillantes qui, d’après leur disposition dans le champ, leur espacement relatif, leur couleur, et enfin par la physionomie même de leur ensemble, me semblent devoir être assimilées aux lignes principales du spectre solaire B, D, E, 6, une ligne inconnue F, et deux lignes du groupe

G. Ces lignes présentaient un très-grand éclat, et se détachaient vivement sur un fond gris cendré, très-pâle. » En examinant les protubérances qui s’étendaient à l’occident du limbe, i M. Rayet vit encore un spectre formé de raies brillantes, disposées comme dans le premier, seulement il ne contenait qu’une seule ligne violette.

Celte série d’observations indépendantes, faites dans des stations et à des instants différents, par des savants munis d’instruments dé diverses puissances, s’accorde sur un point fondamental ; évidemment, les protubérances, vues dans les mêmes régions du limbe, avec des formes à peu près identiques, et donnant lieu à des spectres de même nature, sont des objets réels, et leur constitution physique est celle de masses gazeuses à l’état d’incandescence. A la vérité, les raies brillantes de ces spectres n’ont pas été aperçues en même nombre par les divers observateurs ; mais les circonstances et les moyens d’observation n’étant pas identiques, celle divergence n’a rien d’extraordinaire. Le point commun est celui-ci, que tous les astronomes et les physiciens des expéditions envoyées pour observer l’éclipsé se sont accordés à constater spontanément : c’est que, au dessus de la la photosphère du soleil, il se forme, sous des aspects variés, d’immenses agglomérations d’une matière gazeuse en ighition, el que cette matière, d’après une première étude des raies de son spectre, est surtout composée de gaz hydrogène.

Ces seuls résultats suffiraient à justifier l’importance que les astronomes attachaient a. l’observation de l’éclipsé totale du 18 août 1868. Beaucoup d’autres faits de détail, sur l’étendue et la forme des diverses protubérances, sur les variations qu’elles ont présentées pendant toute la durée de l’éclipsé, sur la couronne lumineuse, les rayons divergents ou gloires, les relations supposées entré les taches, les facules et les protubérances, enfin sur l’obscurité observée au milieu de la phase de totalité, ont été recueillis par les savants postés en chacune des stations que nous avons mentionnées. On les trouvera dans les divers rapports rédigés par eux et publiés dans les recueils spéciaux. Mais ce qui accroît encore l’intérêt présenté par l’éclipsé, c’est qu’elle a été, ainsi que nous le disions, l’occasion de la découverte d’une méthode d’observation du soleil, qui permet de suivre en tout temps les protubérances qui existent à sa surface. ’ Jusqu’ici, il fallait attendre l’occasion très-rare d’une éclipse totale de soleil. Grâce à MM. Janssen et Lockyer, il est désormais possible d’étudier les phénomènes des protubérances en dehors des éclipses.

La première idée de la méthode est due à M. Norman Lockyer, astronome anglais, bien