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POSSE

(1301)

du littoral de l’est, n’hésitèrent pas à entrer en campagne. À la fin du mois, ils avaient déjà soutenu neuf combats différents contre les troupes espagnoles avec des chances diverses, et ils étaient venus camper sur les hauteurs qui dominent Santiago, la capitale du département oriental. Trois mois durant, cette ville de 40,000 âmes, que défendaient 3,000 hommes de toutes armes, une nombreuse artillerie ! et plusieurs bâtiments de guerre mouillés dans son port, fut cernée par ces guérilleros dépourvus de canons, armés seulement de machetes (grands coutelas servant à couper les cannes à sucre), de pistolets et de fusils de chasse, qui la séparaient de toute communication avec le reste de l’île, la privaient d’eau et d’approvisionnements, et l’inquiétaient chaque nuit par dés attaques simulées..JBientôrieurs rangs se grossirent : les- petits cultivateurs disséminés partout, mais plus serrés autour des grandes villes, ■étaient, de gré ou de force, ralliés au drapeau de l’indépendance, ainsi que les nègres, qu’une proclamation delà junte insurrectionnelle déclarait libres, mais à la condition qu’ils « contribueront par leurs efforts à obtenir la liberté de duba ». » Pour arriver àce résultat, disait lapro-Clamalion, tous ceux qui seront considérés comme bons pour le service militaire seront •enrôlés dans nos rangs, et ils jouiront de la même solde et des mêmes privilèges que les autres soldats de l’armée libérale. Quant à ceux qui ne sont pas bons pour le service, ils continueront, pendant la durée de la guérie, les mêmes travaux qui les occupent aujourd’hui, afin qu’il n’y ait pas de perturbation dans les propriétés : de cette manière ils aideront ceux qui versent leur sang pour la liberté commune. Cette règle est applicable, d’ailleurs, à tous les citoyens qui sont déjà libres ou exempts du service militaire, quelle que soit la race à laquelle ils appartiennent. » Ajoutons que les propriétaires des esclaves devaient être indemnisés. Les chefs principaux avaient. donné l’exemple. Cespedés et ses lieutenants, Àrango, marquis de Santa Lucia, et Pedro Aguilera, l’un et l’autre très-riches planteurs, avaient affranchi leurs esclaves dès le début de l’insurrection.

!

Pendant q uelque tem ps les insurgés possédèrent une capitale, où ils installèrent le gouvernement provisoire de la république cubaine : secondés par un soulèvement des habitants, ils avaient réussi à s’emparer de Bayamo, où ils trouvèrent une grande quantité d’armes, de vivres et de munitions, et firent prisonnières deux compagnies formant la garnison, avec toutes les autorités civiles et militaires, y compris le lieutenant-gouverneur. L’effet moral de ce succès fut

considérable, supérieur au résultat matériel : la possession de Bayamo, située au cœur du dé-

parlement oriental et commandant la grande roule de la Havane à Santiago, les rendait maîtres de la moitié de l’île ; aussi le mouvement ne tarda-t-il pas à s’étendre jusqu’à Puerto-Principe, capitale du département du centre. Mais la position était difficile à défendre, en raison de l’absence complète de fortifications ; aussi, n’ayant pu barrer le chemin aux forces combinées, des généraux Balmaseda et Lono, le gouvernement indépendant prit-il la résolution suprême de porter lui-même la flamme dans son propre foyer pour faire là solitude devant ses vainqueurs. La résistance n’était pas étouffée pour cela ; au contraire, le mouvement se propageait avec une rapidité surprenante. Favorisés par la nature accidentée du pays, les insurgés se livraient impunément à une guerre départis ans, fatale à leurs ennemis, qui rencontraientdegrandes difficultés dans leur marches, et auxquels les chaleurs excessives de l’été et les pluies torrentielles interdirent toute opération d’ensemble ; de plus, le choléra et la fièvre jaune emportaient plus de soldats que n’en fournissaient les renforts arrivant sans cesse d’Espagne. Larévoltecouvritbientôtlout le pays, et surtout la contrée dite des Cinco Villas, les cinq villes les plus opulentes après la Havane, de guérillas, qui interceptaient les routes, coupaient les télégraphes et les chemins de fer, et mettaient le feu aux champs de cannes, aux récoltes dé tabac et de café, pour« arracher — suivant les expressions d’une proclamation du comité républicain de la Havane — les ressources que l’ennemi en lire pour nous faire la guerre ». « Feu et sang de toutes parts 1 » tel paraît être la consigne des deux armées. La lutte a pris un caractère incroyable de cruauté : de côté et d’autre on se tue à coups de couteau, on incendie les villages. On s’accorde toutefois à rendre celte justice aux insurgés qu’ils avaient respecté la vie de leurs prisonniers jusqu’à ce que les Espagnols, en multipliant les exécutions, en livrant, lëspremiers, aux flamfnesles plantations des chefs indépendants, les eussent poussés à user de représailles., Un ordre du jour du général Balmaseda portait que «tout individu, âgé. de plus de quinze ans, qui sera rencontré hors de son habitation, sera passé par les armes, » et que, « tout village inhabité sera brûlé, ainsi que toute maison abandonnée. » De soncôté, le général Dulce, qui, à partirdu 5 janvier 1869, avait remplacé le général Lersundi comme capitaine général dé l’île, avait décrété la confiscation de tous les biens des Cubains qui avaient pris une part directe ou indirecte à la révolution. Cette mesure mettra, dit-on, trois cents millions dans les caisses de l’Espagne ; mais elle rendra évidemment à jamais irréconciliables les Cubains et les Espagnols. On assure que plusieurs habitants de la Havane ont subi des