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brun de la montaigne

CLXXVIII[1]

(f° 66)La dame dit a Brun : « Filz, vés ci la fontaine,
« Ou on te destina avoir douleur et paine,
3125« Qui te sera encor merveilleuse et grevaine.
« Si soies passïens et n’aies cuer ne vaine
« Qui ne tende a honneur sans pensée vilaine,
« Car s’autrement le fais, jour n’ert en la semainne
« Que n’aies pis assés que s’on t’envoie en Saine.
3130— Mére, » ce li dit Bruns, « par le vin de la saine,
« Je n’avrai jamais jor, cuer ne pensée vaine,
(v°)« Foy que je doy a Dieu et a la Madelaine,
« Mais, amerai ainsi que Paris fist Helaine,
« Celle ou j’avrai mon cuer, de ce soiés certaine.
3135« Se Mercis est de moy aucune fois lontaigne,
« Quant a Amour plaira elle en sera prochaine. »

CLXXIX[2]

Tout ainssi disoit Bruns a sa mére en rïant
Desous le chasteingnie[r] ou bois de Bersillant.
Quant la dame l’ooit s’en avoit cuer joiant.
3140Et li dissoit ainsi touz jours en chastoiant
Que nul des fais d’amours n’alast point desolant,
Mais eüst cuer loial fermement en amant,
Et s’aucuns l’asailloit, bien s’allast desfandant,
Toudis l’onneur d’amour et les dames gardant,
3145Et le droit son seigneur loiaument desregnant.
Ainsi le chastïoit sous l’arbre verdoiant ;
Et Bruns de la Montaigne en avoit joie grant,
Les fais de courtoissie aloit bien detenant,
Si qu’il en ot mestier asés briement atant,

  1. — 3124. d. a avoir.
  2. — 3137. rïent. — 3144. les, corr. des ? — 3149. b. et atant.