Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/363

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quoique la douleur fasse pousser des cris à tous les peuples du monde, cependant ces cris sour tout aussi différens que leurs différends langages. Je ne saurois mieux nommer le son qui frappa pour lors nos oreilles, qu’un hurlement, & je n’ai jamais rien entendu qui en approchât davantage, que le bruit affreux que firent ces loups qui vinrent m’attaquer autrefois dans le Languedoc.

Jamais victoire ne me fit plus de plaisir ; non-seulement parce qu’elle nous délivra d’un danger qui, sans cet expédient, auroit été très-grand ; mais sur-tout parce qu‘elle fut remportée sans répandre de sang, & sans tuer personne, excepté celui à qui notre Anglois avoit cassé la tête contre le bord de la chaloupe. J‘aurois été au désespoir de faire périr ces malheureux, quoiqu’en défendant ma propre vie ; parce que je savoir qu‘ils n‘avoient pas la moindre notion de l‘injustice qu‘ils commettoient en nous attaquant. Je sais que la chose, étant nécessaire, auroit été juste, parce qu’il ne peut pas y avoir de crime à se défendre : mais je crois que la vie a bien de l’amertume, quand on s‘est vengé en tuant son prochain, & j‘aimerois mieux souffrir d’assez grandes insultes, que de faire périr mon aggresseur. Je pense même que tous ceux qui réfléchissent & qui connoissent le prix de l‘huma-