Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 20.djvu/61

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

ils ouvrirent l’un & l’autre les yeux à ce diſcours, à peine avoient-ils la force de recevoir ce ſoulagement. Ô mon fils ! reprit Lamékis, que le ciel vous conſerve ; la bonté de votre cœur mérite qu’il faſſe des miracles pour vous. Ils prirent de cette nourriture ; j’en mis à la bouche de la petite fille, & elle nous fit à tous un ſi merveilleux effet, que le ſommeil s’empara bientôt de nos ſens. La femme cruelle, dont j’avois reſſenti la fureur, étoit expirée, & ce ne fut pas ſans une peine extrême, que nous en débarraſſâmes la barque.

J’étois enſeveli dans un repos qu’il y avoit long-tems que je n’avois goûté, lorſque je me réveillai en ſurſaut, me ſentant tranſporter par quelqu’un. J’ouvris les yeux ; mais, ô ſurpriſe extrême ! j’étois entre les bras d’un homme d’une figure extraordinaire. J’appellai Lamékis & ma mère ; la nuit qu’il faiſoit, m’empêcha de diſcerner les objets : je remarquai ſeulement que j’étois ſur la terre ; je pleurois, & celui qui me portoit, me flattoit de la main, & ſembloit vouloir m’appaiſer. Il marcha une heure, & au bout de ce tems il deſcendit dans une grotte, où il me poſa ſur un petit lit de natte. La douleur de me voir enlever à ce que j’avais de plus cher, m’avoit preſque ôté la connoiſſance, & j’en fus ſi ſerré, que je fus