Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 8.djvu/490

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L’Isle inconnue

comme des forcenés ; & peut-être ſeroient-ils parvenus à joindre la petite troupe, ſi, arrivés au bord du noir abîme, reſte d’un ancien volcan, ils n’avoient été forcés de faire un grand détour. Ce délai permit à nos gens de gagner le pont-levis, de le paſſer & de le lever avant que l’ennemi fût à portée d’empêcher le paſſage & d’en profiter lui-même.

Cependant les ſauvages en étoient déjà ſi près lorſque la baſcule fut levée, que, par la ſeule impulsion dé leur course, ils vinrent ſur le bord de la brèche profonde que le pont ſervoit à couvrir, & que quelques-uns des premiers, qui ne virent le péril d’y tomber qu’au moment où ils ne pouvoient l’éviter, pouſſés par ceux qui les ſuivoient, y furent précipités.

Les autres, frappés de cet accident, étonnés de l’obſtacle imprévu qui les arrêtoit, & ne voyant aucun moyen de ſuivre la proie que leur avide cruauté dévoroit en eſpérance, demeurèrent d’abord dans un engourdiſſement qui tenoit de la ſtupidité ; mais lorſque, revenus de cette eſpèce de léthargie, ils eurent un moment conſidéré leur diſgrace, ils donnèrent toutes les marques du déſeſpoir, & firent, retentir au loin les échos de hurlemens affreux, tandis que nos gens, témoins de cette rage