Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/103

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d’écraser, de tuer qui, après, la brisaient, la laissaient sans force, plusieurs heures durant.

Elle ne se reconnaissait plus : sa pensée faible ne recevait pour ainsi dire plus les sensations extérieures et elle s’imaginait parfois que la vie s’échappait lentement de son être où un feu incessant brûlait, rongeant ses chairs.

La nuit, son agitation croissait : une sueur moite lui collait à la peau, en grosses gouttes ; les yeux hagards, la gorge sèche, elle mordillait la toile de son oreiller avec des sanglots étouffés ; ses mains se crispaient et ses bras nerveux, cherchaient dans l’ombre fuligineuse un corps à étreindre, follement…

Et elle murmurait, comme si elle se fût adressée à un être invisible, avec des mots coupés, étouffés par le bâillon de linge qu’elle ne cessait de mordre rageusement :

— « Prends-moi !… oh ! je t’en prie, encore… encore !… Prends-moi !… »


Puis, un jour, elle se trouva seule, sans amis, sans parents que des revers de fortune avaient tués, par douleur et par désespoir.

Alors, devant cet isolement, cet éloignement de toutes choses, sa fièvre d’amour devint plus cuisante, ses désirs plus violents.

Ses lèvres cherchèrent des lèvres, toujours…

Mais, ce qu’elle voulait, ce n’était pas cette tendresse timide, grosse de délices, ce trouble, cette attirance qui grandit, à mesure que les cœurs se comprennent davantage, ces mille bêtises puériles et charmantes qui précèdent l’extase.

Non. Ce qu’elle voulait, c’était l’extase, — extase furieuse, bestiale, extase des sens. — Il la lui fallait, elle la désirait… elle l’appelait…

Et un tourbillon l’emporta : sa bouche se colla à toutes les bouches, ses bras s’ouvrirent à toutes les étreintes.

Ce fut, pour elle, une longue et interminable souillure de baisers infâmes, dans l’ombre chaude des chambres aux per-