Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/178

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LE MORT
FRAGMENT




Le 31 octobre 1867, veille de la Toussaint, les trois Baraque étaient assis sous le manteau de la cheminée, les mains sur les genoux, immobiles.

Des branches de bois vert fumaient dans l’âtre, par dessus un petit tas de cendres chaudes, et quelquefois un craquement se faisait entendre, lorsque la flamme mordait le bois humide ; puis un éclair rouge flambait, allumant la cheminée couleur de suie.

Balt, dans les dents un chicot de pipe, tirait des bouffées, sans parler, sans penser ; Bast de temps en temps passait ses mains sur toute la longueur de ses jambes, toussait, geignait, était pris d’un frisson ; Nol regardait de ses yeux sans cils, les fumerons froidir, dans une contemplation grave, stupide. Et une solitude pesait sur les trois hommes, comme un délaissement de cimetière.

Dehors, un grand vent entrechoquait la pointe des arbres, s’abattant sur la maison par tapées brusques qui secouaient le toit, les volets, les portes ; et par moments, la barrière qui ferme le pré de Jan Beust, le voisin, grinçait dans ses gonds avec un bruit aigre.