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II
AVERTISSEMENT

pression, pression, à la lecture des ouvrages poétiques japonais qui font partie de ma collection, a été que la poésie faisait complètement défaut dans cette littérature, d’ailleurs si riche, et que, sous ce nom, il n’existait que des recueils de jeux de mots d’un goût plus ou moins supportable. Sachant néanmoins combien il est prétentieux, pour un étranger surtout, de condamner sans merci des œuvres nationales admirées par tout un peuple, j’ai cherché, par une nouvelle étude, à m’inspirer plus profondément du génie de ces poésies et à m’identifier en quelque sorte avec les milieux qui les ont vues paraître. Cette manière d’explorer une littérature nouvelle présente sans doute des inconvénients, dont le plus grave est de faire peser sur le jugement du critique tout le poids d’une opinion nécessairement favorable et quelque peu préconçue ; mais aussi elle évite les inconvénients de l’extrême contraire, et assure à celui qui la pratique la connaissance aussi intime que possible des éléments du problème soumis à son appréciation.

Ces nouvelles études m’ont amené à admettre qu’en général la poésie japonaise ne doit pas être assimilée à la poésie indo-européenne, dont elle diffère par les traits les plus essentiels, par la forme, par le génie et même, dans une certaine mesure, par le but ; que, dans ses manifestations supérieures, elle ne mérite point l’accusation de jeux d’esprit que j’avais portée tout d’abord à son égard ; qu’elle est apte à exprimer les grandes émotions de l’âme, et qu’elle les