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XXVIII
INTRODUCTION.

je publie aujourd’hui. Le lecteur qui comparera la traduction anglaise et la traduction française sera sans doute étonné des différences profondes qui existent entre elles. Les japonistes apprécieront dans quelle mesure j’ai eu tort ou raison de maintenir sans changement, après la publication du livre de M. Dickins, la première interprétation que j’avais rédigée du hyakŭ-nin-is-syu. Les difficultés que présente, presque à chaque mot, l’intelligence de cette Anthologie, assureront l’indulgence des orientalistes compétents à celui d’entre nous qui se sera mépris sur le sens de l’original.

Après les poésies des « Cent hommes célèbres », notre Anthologie renferme une suite de petits morceaux en vers tirés de divers ouvrages très-répandus au Japon, et qui offrent la plus grande variété, tant au point de vue du caractère que de la forme. On y lira d’abord quelques morceaux extraits du Ha-uta keï-ko-hon, recueil de chants populaires et erotiques où la langue vulgaire joue un rôle important. On sait qu’il répugne généralement aux Japonais, aussi bien qu’aux Chinois[1], de rédiger leurs livres comme ils parlent : tous les écrits de ces deux peuples, lors même qu’ils sont composés en langue moderne, sont plus ou moins saturés de langue antique, et les pro-

  1. Les poésies chinoises, en tant que je sache, sont toutes sans exception composées en style ancien, ou tout au moins dans un style très-différent du Kuan-hoa ou langue commune du Céleste-Empire. Les romans modernes eux-mêmes, en Chine, sont presque tous écrits dans un langage trop mêlé de formes archaïques pour qu’ils puissent