Page:Apulée - Les Métamorphoses, Bastien, 1787, I.djvu/540

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que, sous la figure de cet ane, quelque homme ou quelque Dieu ne soit caché.

Pendant que cette fille raisonnoit ainsi, et qu’elle faisoit des vœux au ciel, en soupirant continuellement, nous arrivâmes à un carrefour. Aussi-tôt elle me tourna la tête avec mon licou, pour me faire aller à main droite, parce que c’étoit le chemin qui conduisoit chez son père ; mais moi qui savois que les voleurs avoient pris cette route, pour aller chercher le reste du vol qu’ils avoient fait, j’y résistois de toute ma force. A quoi penses-tu ? disois-je en moi-même, fille infortunée ! que fais-tu ? quel est ton empressement de chercher la mort ? pourquoi me veux-tu faire aller par un chemin, qui sera celui de notre perte à l’un et à l’autre ? Pendant que nous étions dans cette contestation, la fille me voulant faire aller à droite, et moi voulant aller à gauche, comme si nous eussions disputé pour les limites d’un héritage, pour la propriété d’un terrein, ou pour la séparation d’un chemin ; les voleurs qui revenoient chargés du reste de leur butin, nous rencontrent, et nous ayant reconnus de loin au clair de la lune, ils nous saluent avec un ris moqueur. Pourquoi, nous dit l’un de la troupe, courez-vous ainsi à l’heure qu’il est ? n’avez-vous point de peur des esprits et des fantômes qui rodent pendant la nuit ? étoit-ce pour aller voir vos parens en cachette, la