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SUR LE JEU ET LES JOUEURS.

un chemin qu’ils ne connaissaient pas. Le froid excessif, la neige et le vent qui soufflait avec violence sur eux de tous côtés, les fatiguaient au point qu’ils ne pouvaient y résister. Ne trouvant âme qui vive en état de leur dire s’il y avait une auberge près ou loin, ils s’efforcèrent durant deux heures d’avancer, mais sans grand succès, car, à chaque pas qu’ils faisaient en avant, la violence d’Éole les rejetait d’autant en arrière. Enfin, grâce à Dieu, ils arrivèrent à une auberge lorsqu’il était déjà cinq heures de la nuit. Les cavaliers étaient tellement roidis par le froid qu’ils avaient l’air d’être en bois, tant ils étaient hors d’état de se mouvoir. Enfin le feu fut allumé, les chevaux furent mis à l’écurie, les poulets à la broche ; tout s’apprêtait pour un repas fort nécessaire, lorsque l’ennemi des hommes roux s’aperçut que l’hôte était de cette couleur ; il s’écria aussitôt : « Allons, qu’on selle nos bêtes et partons ! — Eh ! maître, restons ici, disaient les serviteurs. — Je n’en ferai rien, répliquait l’autre. — Si vous voulez absolument partir, vous êtes le maître, dit l’aubergiste ; mais, croyez-moi, renoncez à votre fantaisie, et je vous montrerai, par le bon accueil que vous aurez ici, combien vous êtes dans l’erreur en nous jugeant aussi sévèrement. » L’ennemi des cheveux rouges se décida à rester, l’hôte lui ayant promis de lui laisser lui-même régler la dépense et s’engageant ensuite à ne demander que la moitié du prix d’estimation. Puis quelques cartes se montrèrent, comme par hasard, dans les mains de l’auber-