Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/103

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partie n’étant plus égale, je pris moi-même part à la lutte, en saisissant le nouvel assaillant par la barbe. Le combat cessa à l’instant parce que le Marocain ne voulut pas porter la main sur un homme qui écrivait si rapidement une pétition. Le conflit, comme les luttes dont j’avais été souvent témoin hors des barrières de Paris, n’en avait pas moins eu pour cause un plat de pommes de terre.


XXXI.


Les Espagnols caressaient toujours l’idée que le bâtiment et sa cargaison pourraient être confisqués ; une commission vint de Girone pour nous interroger. Elle se composait de deux juges civils et d’un inquisiteur. Je servais d’interprète. Lorsque le tour de M. Berthemie fut arrivé, j’allai le chercher, et lui dis « Faites semblant de parler styrien, et soyez tranquille, je ne vous compromettrai pas en traduisant vos réponses. »

Il fut fait ainsi qu’il avait été convenu ; malheureusement la langue que parlait M. Berthemie était très-peu variée, et les sacrement der teufel qu’il avait appris en Allemagne lorsqu’il était aide de camp de d’Hautpoul, dominaient trop dans ses discours. Quoi qu’il en soit, les juges reconnurent qu’il y avait une trop grande conformité entre ses réponses et celles que j’avais faites moi-même pour qu’il fût nécessaire de continuer un interrogatoire qui, pour le dire en passant, m’inquiétait beaucoup. Le désir de le terminer fut encore plus vif de la part des juges, lorsque arriva le tour d’un matelot, nommé Méhémet. Au lieu de le faire jurer sur le Koran de dire la