Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/107

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J’étais allé, au dernier moment, prendre congé du seul lion qui fût encore vivant, et avec lequel j’avais vécu en très-bonne harmonie ; je voulais aussi faire mes adieux aux singes qui, pendant près de cinq mois, avaient été également mes compagnons d’infortune[1]. Ces singes, dans notre affreuse misère, nous avaient rendu un service que j’ose à peine mentionner, et dont ne se doutent guère les habitants de nos cités, qui prennent ces animaux comme objet de divertissement : ils nous délivraient de la vermine qui nous rongeait, et montraient particulièrement une habileté remarquable à chercher les hideux insectes qui se logeaient dans nos cheveux.

Pauvres animaux, ils me paraissaient bien malheureux d’être renfermés dans l’étroite enceinte du bâtiment, lorsque, sur la côte voisine, leurs pareils, comme pour les narguer, venaient sur les branches des arbres faire des preuves sans nombre d’agilité.

Au commencement de la journée nous vîmes sur la route deux Kabyles, semblables à des soldats de Jugurtha, et dont la mine rébarbative tempéra assez fortement notre humeur vagabonde. Le soir, nous fûmes témoins d’un tumulte effroyable qui semblait dirigé contre nous. Nous sûmes plus tard que le marabout en avait été l’objet, de la part de quelques Kabyles que, dans un

  1. De retour à Paris, je m’empressai d’aller au Jardin des Plantes rendre visite au lion, mais il me reçut avec un grincement de dents très-peu amical. Croyez ensuite à cette merveilleuse histoire du lion de Florence, dont la gravure s’est emparée, et qui est offerte, sur l’étalage de tous les marchands d’estampes, aux yeux des passants étonnés et émus.