Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/133

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XLVI.


Les membres de l’Institut devaient toujours être présentés à l’Empereur après qu’il avait confirmé leurs nominations. Le jour désigné, réunis aux présidents, aux secrétaires des quatre classes et aux académiciens qui avaient des publications particulières à offrir au chef de l’État, ils se rendaient dans un des salons des Tuileries. Lorsque l’Empereur revenait de la messe, il passait une sorte de revue de ces savants, de ces artistes, de ces littérateurs en habits verts.

Je dois le déclarer, le spectacle dont je fus témoin le jour de ma présentation ne m’édifia pas. J’éprouvai même un déplaisir réel à voir l’empressement que mettaient les membres de l’Institut à se faire remarquer.

« Vous êtes bien jeune, » me dit Napoléon en s’approchant de moi ; et, sans attendre une réplique flatteuse qu’il n’eût pas été difficile de trouver, il ajouta : « Comment vous appelez-vous ? » Et mon voisin de droite ne me laissant pas le temps de répondre à la question assurément très-simple qui m’était adressée en ce moment, s’empressa de dire : « Il s’appelle Arago. »

« Quelle est la science que vous cultivez ? »

Mon voisin de gauche répliqua aussitôt :

« Il cultive l’astronomie. »

« Qu’est-ce que vous avez fait ? »

Mon voisin de droite, jaloux de ce que mon voisin de gauche avait empiété sur ses droits à la seconde question, se hâta de prendre la parole et dit :