Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/295

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Dans le premier, la question n’est guère envisagée que sous le point de vue anatomique. Young y démontre, à l’aide d’observations directes et très-délicates, que le cristallin est doué d’une constitution fibreuse ou musculaire, admirablement adaptée à toutes sortes de changements de forme. Cette découverte renversait la seule objection solide qu’on eût, jusque-là, opposée à l’hypothèse de Sauvages, de Bourdelot, etc. À peine fut-elle publiée que Hunter la réclama. Le célèbre anatomiste servait ainsi les intérêts du jeune débutant, puisque son travail resté inédit n’avait été communiqué à personne. Au surplus ce point de la discussion perdit bientôt toute importance : un érudit montra, en effet, qu’armé de ses puissants microscopes, Leuwenhoeck suivait et dessinait déjà dans toutes leurs ramifications, les fibres musculaires du cristallin d’un poisson. Pour réveiller l’attention publique fatiguée de tant de débats, il ne fallait rien moins que la haute renommée des deux nouveaux membres de la Société royale qui entrèrent en lice. L’un, anatomiste consommé, l’autre, le plus célèbre artiste dont l’Angleterre puisse se glorifier, présentèrent à la Société royale un mémoire, fruit de leurs efforts combinés, et destiné à établir l’inaltérabilité complète de la forme du cristallin. Le monde savant aurait difficilement admis que sir Everard Home et Ramsden réunis eussent pu faire des expériences inexactes ; qu’ils se fussent trompés dans des mesures micrométriques. Young lui-même ne le crut point ; aussi n’hésita-t-il pas à renoncer publiquement à sa théorie. Cet empressement à se reconnaître vaincu, si rare dans un jeune homme de vingt-cinq