Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/405

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juré qu’il entendait parler pour la première fois de ces événements mémorables. Il est si doux de plaire, Messieurs ! Après avoir remarqué, l’effet qu’il produisait, Fourier revint, avec plus de détails encore, au principal combat de ces grandes journées : à la prise du village fortifié de Mattaryèh, au passage de deux faibles colonnes de grenadiers français à travers des fossés comblés de morts et de blessés de l’armée ottomane. « Les généraux anciens et modernes ont quelquefois parlé de semblables prouesses, s’écria notre confrère ; mais c’était en style hyperbolique de bulletin : ici le fait est matériellement vrai ; il est vrai comme de la géométrie. Je sens, au reste, ajouta-t-il, que pour vous y faire croire ce ne sera pas trop de toutes mes assurances ! »

« Soyez sur ce point sans nulle inquiétude, répondit l’officier, qui, dans ce moment, semblait sortir d’un long rêve. Au besoin, je pourrais me porter garant de l’exactitude de votre récit. C’est moi qui, à la tête des grenadiers de la 13e et de la 85e demi-brigades, franchis les retranchements de Mattaryèh en passant sur les cadavres des janissaires ! »

Mon voisin était le général Tarayre. On concevra bien mieux que je ne pourrais le dire l’effet du peu de mots qui venaient de lui échapper. Fourier se confondait en excuses, tandis que je réfléchissais sur cette séduction, sur cette puissance de langage qui, pendant près d’une demi-heure, venait d’enlever au célèbre général jusqu’au souvenir du rôle qu’il avait joué dans les combats de géants qu’on lui racontait.

Autant votre secrétaire avait besoin de causer, autant