Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/438

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français de cet important chapitre de l’histoire des sciences, changèrent subitement de terrain dès qu’on eut fait sortir la Raison des forces mouvantes des bibliothèques poudreuses où elle restait ensevelie. Ils brisèrent, sans hésiter, leur ancienne idole ; le marquis de Worcester fut sacrifié au désir d’annuler les titres de Salomon de Caus ; la bombe placée sur un brasier ardent et son tuyau ascensionnel cessèrent enfin d’être les véritables germes des machines à vapeur actuelles !

Quant à moi, je ne saurais accorder que celui-là n’ait rien fait d’utile qui, réfléchissant sur l’énorme ressort de la vapeur d’eau fortement échauffée, vit le premier qu’elle pourrait servir à élever de grandes masses de ce liquide à toutes les hauteurs imaginables. Je ne puis admettre qu’il ne soit dû aucun souvenir à l’ingénieur qui, le premier aussi, décrivit une machine propre à réaliser de pareil effets. N’oublions pas qu’on ne peut juger sainement du mérite d’une invention qu’en se transportant, par la pensée, au temps où elle naquit ; qu’en écartant momentanément de son esprit toutes les connaissances que les siècles postérieurs à la date de cette invention y ont versées. Imaginons un ancien mécanicien, Archimède, par exemple, consulté sur les moyens d’élever à une grande hauteur l’eau contenue dans un vaste récipient métallique fermé. Il parlerait certainement de grands leviers, de poulies simples ou mouflées, de treuils, peut-être de son ingénieuse vis ; mais quelle ne serait pas sa surprise, si, pour résoudre le problème, quelqu’un se contentait d’un fagot et d’une allumette ! eh bien ! je le demande, oserait-on refuser le titre d’inven-