Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/460

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rent au parlement une prolongation de privilége, car la patente de Watt datait de 1769, et n’avait plus que quelques années à courir. Le bill donna lieu à la plus vive discussion. « Cette affaire, écrivait le célèbre mécanicien à son vieux père, n’a pu marcher qu’avec beaucoup de dépenses et d’anxiété. Sans l’aide de quelques amis au cœur chaud, nous n’aurions pas réussi, car plusieurs des plus puissants personnages de la chambre des com-

    lui fus redevable. C’est à l’encouragement empressé de M. Boulton, à son goût pour les découvertes scientifiques, et à la sagacité avec laquelle il savait les faire tourner aux progrès des arts ; c’est aussi à la connaissance intime qu’il avait des affaires manufacturières et commerciales, que j’attribue, en grande partie, les succès dont mes efforts ont été couronnés. »

    Une manufacture de M. Boulton existait déjà depuis quelques années à Soho, lorsque naquit l’association qui a rendu son nom inséparable de celui de Watt. Cet établissement, le premier sur une aussi grande échelle qui ait été formé en Angleterre, est encore cité aujourd’hui pour l’élégance de son architecture. Boulton y faisait toute sorte d’excellents ouvrages d’acier, de plaqué, d’argenterie, d’or moulu ; voire des horloges astronomiques et des peintures sur verre. Pendant les vingt dernières années de sa vie, Boulton s’occupa d’améliorations dans la fabrication des monnaies. Par la combinaison de quelques procédés, nés en France, avec de nouvelles presses et une ingénieuse application de la machine à vapeur, il sut allier une excessive rapidité d’exécution à la perfection des produits. C’est Boulton qui opéra, pour le compte du gouvernement anglais, la refonte de toutes les espèces en cuivre du royaume-uni. L’économie et la netteté de ce grand travail rendirent la contrefaçon presque impossible. Les exécutions nombreuses dont les villes de Londres et de Birmingham étaient jusque-là annuellement affligées, cessèrent entièrement. Ce fut à cette occasion que le docteur Darwin s’écria, dans son Botanical Garden : « Si à Rome on décernait une couronne civique à celui qui sauvait la vie d’un seul de ses concitoyens, M. Boulton n’a-t-il pas mérité d’être couvert chez nous de guirlandes de chêne ? »

    M. Boulton mourut en 1809, à l’âge de quatre-vingt-un ans.