Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/473

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tralement opposées ; lorsque l’une étant vraie, l’autre est nécessairement fausse, et que rien, de prime abord, ne semble pouvoir dicter un choix rationnel, les géomètres se saisissent de ces propositions contraires ; ils les suivent minutieusement de ramifications en ramifications ; ils en font surgir leurs dernières conséquences logiques ; or, la proposition mal assise, et celle-là seulement, manque rarement de conduire par cette filière à quelques résultats qu’un esprit lucide ne saurait admettre. Essayons un moment de ce mode d’examen dont Euclide fait un fréquent usage, et qu’on désigne si justement par le nom de méthode de réduction à l’absurde.

Les adversaires des machines voudraient les anéantir ou, du moins, en restreindre la propagation, pour conserver, disent-ils, plus de travail à la classe ouvrière. Plaçons-nous un moment à ce point de vue, et l’anathème s’étendra bien au delà des machines proprement dites.

Dès le début, nous serons amenés par exemple à taxer nos ancêtres d’une profonde imprévoyance. Si au lieu de fonder, si au lieu de s’obstiner à étendre la ville de Paris sur les deux rives de la Seine, ils s’étaient établis au milieu du plateau de Villejuif, depuis des siècles les porteurs d’eau formeraient la corporation la plus occupée, la plus nécessaire, la plus nombreuse. Eh bien, messieurs les économistes, mettez-vous à l’œuvre en faveur des porteurs d’eau. Dévier la Seine de son cours n’est pas une chose impossible ; proposez ce travail ; ouvrez sans retard une souscription pour mettre Paris à sec, et la risée générale vous apprendra que la méthode de la réduction à l’ab-