Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/482

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prétendus philanthropes modernes n’ont pas le mérite ( si toutefois mérite il y a ) d’avoir inventé les systèmes que j’examine. Voyez plutôt ce pauvre William Lea faisant manœuvrer le premier métier à bas devant le roi Jacques Ier ! Le mécanisme parut admirable ; pourquoi le repoussa-t-on ? Ce fut sous le prétexte que la classe ouvrière allait en souffrir. La France se montra tout aussi peu prévoyante : William Lea n’y trouva aucun encouragement, et il alla mourir à l’hôpital, comme tant d’autres hommes de génie qui ont eu le malheur de marcher trop en avant de leur siècle !

Au surplus, on se tromperait beaucoup en imaginant que la corporation des tricoteurs, dont William Lea devint ainsi la victime, fut bien nombreuse. En 1583, les personnes de haut rang et de grande fortune portaient seules des bas. La classe moyenne remplaçait cette partie de nos vêtements par des bandelettes étroites de diverses étoffes. Le restant de la population ( neuf cent quatre-vingt-dix-neuf sur mille ) marchait jambes nues. Sur mille individus, il n’en est pas plus d’un aujourd’hui à qui l’excessif bon marché ne permette d’acheter des bas. Aussi un nombre immense d’ouvriers est-il dans tous les pays du monde occupé de ce genre de fabrication.

Si on le juge nécessaire, j’ajouterai qu’à Stock-port, la substitution de la vapeur à la force des bras, dans la manœuvre des métiers à tisser, n’a pas empêché le nombre des ouvriers de s’y accroître d’un tiers en très-peu d’années.

Il faut ôter enfin à nos adversaires leur dernière res-