Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/509

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déjà, à la date de 1783, dans une lettre de Watt à son ami le docteur Black : « Rappelez-vous bien que je n’ai aucun désir d’entretenir le public des expériences que j’ai faites » ; lorsque nous trouvons ailleurs ces paroles bien singulières dans la bouche d’un homme qui a rempli le monde de son nom : « Je ne connais que deux plaisirs, la paresse et le sommeil. » Ce sommeil, au reste, était bien léger. Disons-le aussi, il suffisait de la moindre excitation pour arracher Watt à sa paresse favorite. Tous les objets qui s’offraient à lui recevaient peu à peu, dans son imagination, des changements de forme, de construction, de nature, qui les auraient rendus susceptibles d’applications importantes. Ces conceptions, faute d’occasion de se produire, étaient perdues pour le monde. Voici une anecdote qui expliquera ma pensée.

Une compagnie avait établi à Glasgow, sur la rive droite de la Clyde, de grands bâtiments et de puissantes machines destinées à porter de l’eau dans toutes les maisons de la ville. Quand ce travail fut achevé, on s’aperçut qu’il existait près de la rive opposée une source, ou plutôt une espèce de filtre naturel qui donnait à l’eau des qualités évidemment supérieures. Déplacer l’établissement n’était pas même proposable ; aussi pensa-t-on à installer au fond et tout au travers de la rivière, un tuyau de conduite rigide dont l’embouchure se serait constamment trouvée dans la nappe d’eau potable ; mais la construction du plancher destiné à supporter un pareil tuyau sur un lit vaseux, changeant, très-inégal et toujours couvert de plusieurs mètres d’eau, semblait devoir exiger de trop fortes dépenses. Watt fut consulté. Sa solution était toute