Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/565

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française. Voltaire ne voulait pas qu’on lui refusât ce titre : « Je la tiens même, disait-il, pour une fille très-vertueuse, puisque jamais elle n’a fait parler d’elle. »

L’épigramme n’eût pas été applicable à l’Académie de Dijon. Cette Société célèbre ne fuyait les regards du public, ni lorsqu’elle mit en question : « Si le rétablissement des sciences et des arts avait contribué à épurer les mœurs, » ni surtout lorsqu’elle couronna le discours où Jean-Jacques se prononçait pour la négative. Le temps a fait bonne justice du paradoxe ; mais il n’a pas dû effacer le souvenir du procédé généreux qui, en donnant à Rousseau une célébrité inattendue, l’attacha pour toujours à la carrière brillante dans laquelle il a trouvé des émules, des rivaux, mais point de maître.

Au titre que je viens de rappeler, l’Académie de Dijon peut ajouter encore celui d’avoir fait naître la première production de Carnot dont la presse se soit emparée : l’Éloge de Vauban.

L’intrépidité, le désintéressement, la science de l’illustre maréchal, avaient déjà reçu, par la bouche de Fontenelle, un hommage auquel il semblait difficile de rien ajouter. Quels discours, en effet, pourraient plus dignement caractériser une vie militaire que ces quelques chiffres : « Vauban fit travailler à 300 places ; il en éleva 33 neuves ; il conduisit 53 sièges ; il s’est trouvé à 140 actions de vigueur. » Et ces autres paroles ne semblent-elles pas empruntées à Plutarque ? « Les mœurs de Vauban ont tenu bon contre les dignités les plus brillantes et n’ont pas même combattu. En un mot, c’était un