Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/568

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s’associe sans réserve à ce précepte de Vauban : les lois devraient prévenir l’affreuse misère des uns, l’excessive opulence des autres ; il s’élève contre l’odieuse multiplicité des priviléges dont les classes les plus nombreuses de la population avaient alors tant à souffrir ; enfin, après avoir partagé les hommes en deux catégories, les travailleurs et les oisifs, il va jusqu’à dire de ces derniers, dont suivant lui on s’est exclusivement occupé en constituant les sociétés modernes, qu'ils ne commencent à être utiles qu’au moment où ils meurent, car ils ne vivifient la terre qu’en y rentrant. Telles sont, Messieurs, les hardiesses qu’une académie couronnait en 1784 ; qui dictaient à Buffon, qu’on n’accusera certainement pas d’avoir été un novateur en matière de gouvernement, ces paroles si flatteuses pour le lauréat : « Votre style est noble et coulant ; vous avez fait, Monsieur, un ouvrage agréable et utile ; » qui inspiraient au frère d’un roi absolu le désir d’attacher Carnot, dont il se déclarait l’ami, au service de la Prusse ; qui valurent au jeune officier la bienveillance du prince que Worms, Coblentz, peu d’années après, voyaient à la tête de l’émigration ! Qu’on ose ensuite appeler notre révolution de 1789 un effet sans cause, un météore dont rien n’avait dû faire prévoir l’arrivée ! Les transformations morales de la société sont assujetties à la loi de continuité ; elles naissent, grandissent, comme les produits du sol, par des nuances insensibles.

Chaque siècle développe, discute, s’assimile en quelque sorte des vérités ou, si l’on veut, des principes dont la conception appartenait au siècle précédent ; ce travail