Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/569

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de l’esprit passe ordinairement sans être aperçu du vulgaire ; mais quand le jour de l’application arrive, quand les principes réclament leur part d’action, quand ils veulent pénétrer dans la vie politique, les intérêts anciens, n’eussent-ils à invoquer en leur faveur que cette même ancienneté, s’émeuvent, résistent, combattent, et la société est ébranlée jusque dans ses fondements. Le tableau sera complet, Messieurs, si j’ajoute que, dans ces luttes acharnées, ce ne sont jamais les principes qui succombent.

Carrot, comme je l’ai déjà remarqué, avait à peine effleuré dans son éloge la partie technique des travaux de Vauban ; mais, dans les quelques phrases qu’il écrivit à ce sujet, il s’avisa de dire que certain vulgaire ignorant se faisait de la fortification une idée erronée en la réduisant à l’art de tracer sur le papier des lignes assujetties à des conditions plus ou moins systématiques. Ces paroles, dans leur généralité, semblaient devoir passer inaperçues ; un malheureux concours de circonstances leur donna une importance qui n’était ni dans les prévisions, ni surtout dans les désirs de l’auteur. En 1783, un général d’infanterie, membre de cette académie, M. le marquis de Montalembert, publia, sous le titre de Fortification perpendiculaire, un système de défense des places entièrement nouveau. Ce système fut combattu à outrance par le corps presque tout entier du génie militaire. Le rejeton d’une illustre famille, l’officier général de l’armée française, l’académicien, pouvait assurément, sans trop de vanité, ne pas se croire compris dans le vulgaire ignorant que l’auteur de l’éloge avait signalé en passant ; mais M. de Montalembert s’obstina à s’appliquer ces expres-